Logiciel de protection informatique, de fabrication mondiale.

  • juillet 18, 2016
  • 11 min read

Jetons un coup d’œil dans les coulisses, par Haylee Read.

Emsisoft ne propose pas de bureau avec vue, ni de siège central dans les couloirs duquel se balader sans se faire remarquer. Seul un logo bleu et gris lui confère son existence, en ligne, symbole d’une histoire quelque peu méconnue. Sans bureau physique auquel se rendre, il est donc difficile d’interviewer Christian Mairoll. Me voilà pourtant, armée d’un rendez-vous, sur un chemin sinueux grimpant les hauteurs d’une vallée, près de Nelson, en Nouvelle-Zélande, forte de quelque 5 321 habitants. Sur cette route déserte, pourtant, je ne croise personne. Les habitants locaux appellent ce coin de la région « Le haut du Sud », personnellement je préfère l’appeler, l’entrée de nulle part. Je ne vois même pas un café à l’horizon. Le chemin d’accès en gravier est entouré de montagnes et de pins d’une hauteur impressionnante. Christian Mairoll est le visage d’une entreprise qui, si l’on se fie aux apparences, n’a pas de visage. Emsisoft a été fondée en Autriche en 2003, et est désormais dirigée depuis sa résidence écologique, emblématique de son style de vie, dans la campagne néo-zélandaise. Nul besoin de dire que j’ai hâte de poser à ce dirigeant atypique une foule de questions… si seulement j’arrive à trouver sa maison dans le brouillard qui se fait de plus en plus présent.

J’aperçois enfin pour la première fois Christian qui me fait de grands signes de la main. Je ne sais vraiment pas à quoi je m’attendais, mais suis agréablement surprise de découvrir que le PDG de cette entreprise de logiciels me souhaite la bienvenue en jeans, t-shirt et chaussettes. Je décide alors moi aussi de me déchausser avant de le suivre dans sa maison, alors qu’il longe les chambres des enfants pour me conduire au salon. Je ne vois aucune pièce faisant office de bureau à première vue, seulement un grand bureau dans le salon accueillant son ordinateur, des canapés, ainsi qu’une table de ping-pong ayant déjà bien vécu.

« Il est possible de rivaliser avec les principaux acteurs d’un marché fort concurrentiel aidé d’une équipe de taille modeste. »

Comme la majorité des fondateurs du début de l’ère des logiciels tout public, Christian Mairoll n’avait aucunement l’intention de faire carrière dans la sécurité informatique.

« Quand tout a commencé, je ne m’attendais certainement pas à ça », me confie Christian, en souriant, alors qu’il me montre sur son écran les 15 onglets ouverts reprenant tous les travaux sur lesquels il est en train de plancher.

« Tout a commencé pour moi suite à un problème que j’ai rencontré. En 1998, à peine âgé de 16 ans, un prétendu ami m’a envoyé un fichier via le célèbre outil de messagerie instantané de l’époque, ICQ, me demandant de jeter un coup d’œil à un « programme ». En ce temps-là, j’étais un gars curieux, s’essayant à l’informatique, et donc sans plus y réfléchir, je pris la décision d’exécuter le fichier. Quelques minutes plus tard, le plateau de mon CD-ROM s’ouvrait tout seul, sans que je m’y attende. Puis il se referma, avant de s’ouvrir à nouveau, et de se refermer. Ouvert, fermé, ouvert, fermé. Je me dis alors que quelque chose n’allait pas.

« Le fichier en question était une version précoce de Back Orifice », continue-t-il tout en préparant une tasse de thé dans sa cuisine immaculée. « C’est ainsi que j’ai découvert le monde terrifiant des chevaux de Troie. Terrifiant du moins à l’époque. Mais incomparable avec les menaces actuelles. Alors je me mis en quête de savoir, je voulais découvrir les mécanismes qui régissaient ces logiciels malveillants et comment empêcher facilement de me faire infester à nouveau. Ce qui n’était à la base qu’un simple script est rapidement devenu un programme complet appelé « anti-chevaux de Troie ».

Quelques années plus tard, le logiciel était capable de détecter et bloquer plusieurs centaines de chevaux de Troie réputés. Les sociétés dédiées aux anti-virus de l’époque ne portaient guère d’attention aux chevaux de Troie. J’y vis alors une niche toute trouvée pour démarrer ma petite entreprise, tout en continuant à travailler principalement comme développeur, puis gestionnaire de produits logiciels. Cinq ans, et quelques milliers de téléchargements de mon « anti-chevaux de Troie » plus tard, je pris la décision de fonder Emsisoft, et de m’y consacrer à plein temps. Aujourd’hui, environ 6 millions d’internautes utilisent nos produits et, chaque jour, nous ajoutons des détections de signatures pour plus de 300 000 nouvelles menaces. C’est ainsi que tout a commencé. Personnellement, je me suis fixé pour mission de démontrer qu’il est possible de jouer dans la cour des grands, dans un marché des plus compétitifs, même si vous arrivez sur le marché tard aidé d’une équipe de taille modeste. Regardez autour de vous, nous sommes au milieu de nulle part. Je suis à la tête d’une société virtuelle et d’une équipe forte de bien plus de membres. » Il pause un instant, réfléchit puis me dit : « 15 ans et 35 employés plus tard, je n’en ai pas rencontré plus de 5. Tous sont indépendants, tous travaillent selon leurs propres horaires, de la maison, sur la plage ou là où bon leur semble. Les membres de notre équipe couvrent plusieurs fuseaux horaires dans le monde entier, et leurs histoires et expériences personnelles sont aussi diverses que variées. C’est ce genre de liberté qui nous unit en tant que société, équipe et marque. C’est ce qui nous rend différents, uniques et » me confie-t-il avec un sourire empreint de fierté, »bons dans notre domaine. C’est peut-être là que réside la différence, la clé de notre succès. Notre logiciel fait ce qu’il doit faire, ni plus ni moins. Il fonctionne bien, tout simplement. Tout comme notre équipe, où que ses membres soient. »

« C’est parce que nous choisissons de collaborer que notre entreprise fonctionne. »

J’ai l’impression que même ce que Christian attribue à la chance est bien pensé et intentionnel, tout comme l’est l’architecture de sa maison.

« J’ai décidé de construire cette maison à un angle de 33 degrés afin d’optimiser la lumière naturelle quand il fait jour », explique-t-il. Son comportement a des airs de franchise mécanique et l’on retrouve une délicate allégresse dans ce qu’il accomplit.

« La durabilité est un paramètre important de la réussite commerciale et de la conception d’une maison », révèle-t-il. « La forme doit suivre la fonction. Il ne faut pas construire une maison où nos mouvements sont restreints. Un foyer doit nous permettre de nous épanouir personnellement et de bouger en toute liberté. Il doit répondre à nos besoins. Il en va de même pour une entreprise, et la structure mondiale de la nôtre reflète exactement ceci. »

Appelez ce phénomène profession libre ou transformation numérique, l’écosystème dont nous parlons repose sur l’ouverture et les efforts de toute une équipe.

« Au départ, j’ai dû faire appel à des professionnels venant de pays à revenus modestes, comme la Russie, car sans financements externes, il m’était simplement impossible, en tant que société unipersonnelle, d’engager des développeurs talentueux dans mon pays natal, l’Autriche. C’est par la suite que nous avons réalisé quelle chance cela pouvait représenter pour notre entreprise également. Avec des membres d’équipe aux quatre coins du monde, nous sommes mieux à même de comprendre les multiples exigences de l’ensemble de nos clients. La plupart de nos employés se trouvent en Europe orientale, occidentale et en Russie, les autres se trouvent aux États-Unis, en Asie voire dans la région Pacifique sud. »

La structure virtuelle de notre société nous octroie une grande flexibilité et nous demande de relever bien des défis. Plus notre équipe grandit, plus nous nous efforçons de garder le contact avec tous ses membres. Nous communiquons en interne de manière la plus efficace possible, c’est-à-dire en utilisant la messagerie instantanée, les forums et les e-mails puisque nous nous sommes rendu compte que les appels téléphoniques et vidéo, ainsi que les réunions standards, étaient non seulement inefficaces, mais une belle perte de temps. »

« D’où vient le nom de la société ? », ai-je demandé.

« Emsisoft est né de la prononciation de mes initiales en anglais (MC donc em-si) et de software, raccourci en soft (logiciel en anglais). », me confie-t-il avec un petit sourire. « Au départ, la société s’appelait Emsi Software GmbH » car le tribunal du commerce autrichien exigeait du nom qu’il soit descriptif. Ils avançaient que « Emsisoft » pouvait tout autant faire référence à un fabricant de papier toilette », dit-il pris d’un fou rire. « Quelques années plus tard, les lois régissant les noms ayant changé afin de permettre une plus grande diversité, je changeais le nom en Emsisoft GmbH », tel que je comptais le faire au début. Mais cela ne dura pas longtemps.

En 2014, ma famille et moi-même avons décidé de déménager définitivement en Nouvelle-Zélande. Nous avions déjà eu un avant-goût de l’aventure y ayant passé douze mois en 2012, et dès notre retour en Autriche, nous nous sommes rendu à l’évidence que la Nouvelle-Zélande était un meilleur endroit pour nous y vivre et y éduquer nos enfants. Je clôturais donc l’aventure en Autriche pour la relancer en Nouvelle-Zélande en tant que « Emsisoft Ltd ». »

« Emsisoft ne tire jamais parti financièrement des urgences des sociétés ni des particuliers qui font appel à nous ».

Le paysage des menaces mobiles change rapidement. Parer aux menaces existantes et prévenir les nouvelles avant qu’elles ne posent problème est de la plus grande importance pour Emsisoft.

« En réponse aux constantes menaces malveillantes, nous nous focalisons sur notre compétence principale : la détection et la suppression de logiciels malveillants. Nous avons remarqué que les sociétés d’anti-virus ont tendance à se diversifier dans bien des domaines, proposant ainsi des centaines de nouvelles fonctionnalités dont seulement une poignée de gens ont besoin. On dirait même que certaines d’entre elles ont perdu de vue leur objectif principal, se retrouvant ainsi en bas du classement des tests de détection de logiciels malveillants. Notre but est d’optimiser constamment notre technologie afin de proposer à nos clients notre meilleure protection possible. Les différents prix et positionnements en haut du classement obtenus sont la preuve que nous sommes sur le bon chemin.

Notre produit principal est et restera Emsisoft Anti-Malware. Il s’agit d’une solution antivirus proposant un outil d’analyse reposant sur deux moteurs, une protection lors de la navigation et une analyse des comportements. Emsisoft Anti-Malware est fort en détection, léger en termes d’utilisation des ressources du processeur et d’analyse au quotidien, facile à gérer et configurer, même pour les débutants.

Je demande alors « Qu’est-ce qui vous fait sortir du lot ? ». « Avec tant de membres d’équipe éparpillés dans le monde entier, quelqu’un est toujours disponible pour nos clients, quel que soit le fuseau horaire. Dans notre secteur, il est impératif d’agir vite, non seulement face aux nouveaux dangers et épidémies de logiciels malveillants, mais également en termes de temps de réponse envers nos clients. Si nos utilisateurs sont confrontés à un problème urgent d’infection malveillante, il y a de fortes chances qu’ils soient redirigés vers Emsisoft quand ils cherchent de l’aide. Nous répondons rapidement et proposons à tous nos clients une garantie de suppression des logiciels malveillants. Nous avons appris que garder un contact étroit avec nos clients est très important. Nous sommes toujours à leur écoute afin de comprendre ce qu’ils veulent vraiment. Une assistance client directe, rapide et professionnelle est le meilleur exemple de ce que les clients respecteront à long terme. »

Une autre différence significative est la déontologie professionnelle d’Emsisoft. Nous tenons à être, rester et proposer des produits honnêtes. Par exemple, nous mettons à disposition toute une gamme de gratuiciels pour la suppression de logiciels malveillants que nous regroupons dans notre Emsisoft Emergency Kit. Ce dernier comprend notre outil d’analyse à double moteur. Nous proposons ce kit d’urgence sur clé USB à nos clients ou en ligne. L’objectif principal de ce produit a toujours été de le proposer gratuitement, sans poser de questions, sans rien attendre en retour. Emsisoft ne tire profit d’aucune urgence, nous aidons simplement les gens qui ont besoin d’être aidés, et nous sommes confiants qu’ils apprécient un tel geste. Il en va de même pour le nombre croissant de déchiffreurs de logiciels malveillants que nous proposons gratuitement aux victimes. »

La forme suit la fonction.

Un mouton à la laine quasiment toute noire passe nonchalamment le long du grillage que l’on aperçoit de l’autre côté de la grande fenêtre. Nous regardons tous deux les collines avoisinantes. Christian et sa famille ont réévalué leur conception de la vie lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande. Ils y ont trouvé le style de vie qu’ils n’avaient pas en Europe.

En janvier 2014, dix mois après leur arrivée dans ce beau pays, la famille Mairoll a trouvé un terrain à bâtir intéressant, en vente sur Internet. « En Autriche, il est quasiment impossible d’acheter un terrain de presque 1,4 hectare à un prix raisonnable. Nous avons trouvé ce petit joyau à quelques kilomètres à peine du centre-ville. Nous ne l’avions même pas vu en vrai mais, comme nous ne souhaitions pas prendre le risque qu’il nous échappe, nous l’avons acheté en ligne, après avoir demandé à un touriste qu’il en prenne quelques photos pour nous avec son drone. »

Aujourd’hui, la famille cultive son propre jardin, élève des animaux de la ferme pour la viande ou les œufs, et l’on peut dénombrer dans la bibliothèque de nombreux livres sur les plantes locales et la permaculture. Lors de ses pause déjeuner, Christian cueille les tomates cerises de son jardin ou plante des arbres natifs de la région. La maison, récemment construite selon des normes européennes n’est pas exactement le palais auquel on pourrait s’attendre du PDG d’une société de logicielle réputée. C’est un bungalow de 3 ou 4 chambres, écoresponsable, doté d’une cuisine dont l’électroménager a été choisi minutieusement afin de n’être gourmand ni en eau, ni en électricité ni en énergie. La maison est écologique et a été pensée consciencieusement, des parquets à l’angle d’inclinaison pour le soleil. La forme suit la fonction.

Emsisoft a certes ses origines en Autriche, toutefois son cœur et son esprit dirigeant vivent désormais en Nouvelle-Zélande. Quand Christian et sa famille ont déménagé à 18 000 kilomètres de l’autre côté du monde, ils l’ont fait pour vivre différemment. Ce n’est pas seulement un processus, c’est le résultat d’une philosophie personnelle et professionnelle s’inspirant des vies propres à chacun des membres de l’équipe internationale et, par conséquent, des clients qui font confiance et s’en remettent aux produits d’Emsisoft.

Fran Rajewski

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